Ces outils rédigent vite, mais le résultat sonne souvent creux. Voici comment vous en servir sans céder ce qui fait votre voix.
Vous relisez ce que l'outil vient de produire, et quelque chose manque. C'est propre, correct, bien construit. Et parfaitement impersonnel.
Le sujet n'est plus de savoir se servir de ces outils pour écrire. Il est de conserver la signature qui fait qu'on vous reconnaît. Votre façon d'écrire est une part de votre identité professionnelle, et c'est elle qui établit un lien avec ceux qui vous lisent.
Voici comment procéder.
La première erreur consiste à publier tel quel ce qui a été produit. C'est comme demander à quelqu'un de parler à votre place lors d'un rendez-vous qui compte.
Ce qui fonctionne : l'outil organise, vous incarnez. Il vous aide à structurer vos idées, à ne rien oublier, à gagner du temps sur le premier jet. C'est vous qui transformez cette matière en quelque chose qui vous ressemble.
Un ordre de grandeur, tiré de la pratique et non d'une mesure : sur un texte d'un millier de mots, il faut compter en réécrire environ la moitié pour qu'il sonne juste. Cela demande du travail, et c'est précisément ce travail qui fait la différence.
Voici une étape que peu de gens franchissent, et qui change tout.
Rassemblez cinq à dix textes que vous avez écrits et dont vous êtes satisfait. Des articles, des messages, des publications. Tout ce qui capte réellement votre façon d'écrire. Puis examinez-les.
Quelle est la longueur moyenne de vos phrases ? Vous adressez-vous au lecteur directement ou non ? Employez-vous des images, et lesquelles reviennent ? Quel niveau de langue ? Posez-vous beaucoup de questions ? Donnez-vous des exemples concrets, des chiffres ?
Notez ces observations. C'est votre carte d'identité d'auteur. Quand vous demandez un texte, vous pouvez fournir un extrait en exemple ou transmettre ces consignes directement.
Le premier jet sera nettement plus proche de vous, et la réécriture d'autant plus rapide.
Une demande générique donne un résultat générique. Une demande précise donne quelque chose d'utilisable.
Quatre éléments à fournir.
Le contexte : pour qui vous écrivez, et ce que ces lecteurs savent déjà.
Le style : le ton, la longueur des phrases, la façon de s'adresser au lecteur, le type d'exemples que vous employez.
L'objectif : ce que le texte doit expliquer, et en combien de mots.
Les contraintes : ce qui doit y figurer, ce qui doit en être absent.
Ces outils ne devineront jamais votre voix seuls. Ils peuvent s'en approcher si vous la décrivez.
Le catalogue de l'Éditeur comprend des formations sur la rédaction assistée et la formulation de ces demandes, avec une attestation de fin de formation.
Une fois le premier jet obtenu, le vrai travail commence. Relire activement, ce n'est pas corriger des fautes. C'est réintroduire ce que la machine ne peut pas produire.
Posez-vous ces questions à chaque paragraphe. Dirais-je vraiment cela ainsi ? Cette phrase me ressemble-t-elle ? Où puis-je placer un exemple vécu ? Quelle expérience illustrerait ce point ?
Remplacez les tournures trop lisses. Ajoutez des aspérités. Un « par ailleurs » qui ne vous ressemble pas se remplace par ce que vous auriez dit. Un paragraphe trop formel s'ouvre par une question adressée au lecteur.
C'est à cette étape qu'un contenu devient un texte.
Certains éléments ne s'inventent pas. Ils sont la marque de l'authenticité, et il faut les ajouter soi-même.
Vos exemples vécus : ce client qui vous a dit cette phrase, cette erreur que vous avez commise et ce qu'elle vous a appris.
Vos tournures habituelles : chacun a des formulations qui le caractérisent.
Votre point de vue : votre position sur un sujet, y compris quand elle dérange.
Vos références : les images qui vous parlent et que vous employez naturellement.
Un texte peut être techniquement irréprochable et rester sans vie s'il en manque. Ce sont eux qui créent la reconnaissance.
Quand un lecteur vous dit qu'il a l'impression de vous entendre parler, l'objectif est atteint.
Ils inventent des chiffres, des sources et des références avec une assurance parfaite. Une statistique qui semble plausible, attribuée à une institution connue, avec une date précise — et rien de tout cela n'existe.
Vérifiez chaque donnée avant publication, ou n'en mettez aucune. Un lecteur qui contrôle une information fausse cesse de croire au reste du texte, et il a raison.
C'est la relecture la plus importante, avant même celle du style.
Comme toute compétence, celle-ci s'acquiert par la répétition. Au début, la réécriture prendra du temps. C'est normal.
Après une dizaine de textes, vos demandes seront plus précises, vous repérerez plus vite les passages à reprendre, et la relecture deviendra un réflexe.
Prenez un texte que vous devez écrire — un message, une publication, un article. Demandez une première version en donnant des consignes précises sur votre façon d'écrire. Puis relisez et réécrivez au moins la moitié.
Comparez le temps total avec celui qu'il vous aurait fallu pour tout écrire. Vous constaterez ce que cela change réellement, dans un sens ou dans l'autre — et c'est la seule mesure qui vaille.
L'outil est une plume. L'auteur, c'est vous.
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